Transparence et secret

Transparence et secret

Entre transparence et secret nous sommes dans un domaine où la contradiction est constante. Nous avons tendance à demander toujours plus de transparence quitte à nous heurter à la sacro-sainte culture du secret qui occupe encore beaucoup de place autour de nous et plus particulièrement dans les domaines de la politique et de l’économie.

Il est des lois qui encadrent le secret telles que : « la déontologie du secret en droit », « le secret médical » etc. Ces lois reposent sur un consensus moral. Quel est l’intérêt réel de ce consensus et sur quelles ambiguïtés repose-t-il? Quelles contradictions couvre-t-il ?

Nous devrions sans doute commencer par nous interroger sur le véritable sens du secret et des enjeux qu’il cache.

Le secret se justifie quand on arrive à faire croire que sa présence est sacrée. La pratique du pouvoir est dissimulée derrière nombre de secrets.

En réalité, les peuples ne veulent rien d’autre qu’une paix durable et celle-ci ne passe que par le chemin de la transparence et de la visibilité. Si les gens comprenaient les véritables raisons de la plupart des décisions de politique étrangère, ils ne les appuieraient pas.

Si toutes les décisions publiques sont clairement énoncées, si rien n’est laissé dans le secret, c’est l’abus de pouvoir qui est déraciné. Il n’est  plus possible d'entraîner un peuple dans des guerres ineptes en lui donnant pour prétexte des justifications futiles.

La politique du secret et la conspiration de l’opacité vont devenir de plus en plus insupportables. Le secret politique va donc disparaître. La seule inconnue est de savoir quand cela produira.

Les femmes et hommes politiques d’aujourd’hui ne manquent pas  de sincérité mais ils vivent dans la culture du secret qui couvre maintes manoeuvres, systèmes de réseaux, favoritisme et ententes de coulisses. Il n’y a pas actuellement de capacité réelle  à lâcher ce système dépassé et il subsiste une impossibilité d’exercer le pouvoir en plein jour.

Il en va de même dans le domaine économique. Des pratiques de grande ampleur dissimulées au regard du public permettent à des multinationales de dégager des profits obscènes en faisant fi de la légalité. Là nous nous heurtons à une autre grande contradiction car nous sommes prêts à demander aux grands groupes internationaux une transparence totale sur leurs mouvements d’argent mais nous avons beaucoup de difficultés à ouvrir notre propre fiche de salaire et notre propre compte en banque au vu et au su de tous car nous avons tendance à vouloir cacher notre propre argent comme s’il s’agissait d’un objet de notre intimité. Le jour où suffisamment de gens montreront leurs comptes et leurs salaires, alors nous pourrons demander l’abandon du secret bancaire et exiger que les princes de la finance mettent leurs opérations financières au grand jour.

Nous devons nous libérer du poids de l’argent et du sentiment de honte dans lequel il nous laisse englués. Il est souvent honteux car notre héritage culturel nous rend sa possession culpabilisante et notre éducation nous le fait voir comme l’objet du péché. Beaucoup pensent, j’aime l’argent mais j’ai honte d’en posséder. Et beaucoup aussi sont gênés d’en posséder car à quelques kilomètres de chez eux des être humains souffrent de malnutrition et manquent du nécessaire.

Si chacun savait tout sur la situation financière de chacun, il y aurait d’abord un choc d’une rare violence, mais une fois passé, il y aurait d’avantage de justice, d’honnêteté et d’équité. La discrimination dans la rémunération serait bien plus difficile si toutes les transactions étaient dévoilées. Il suffit de montrer où va l’argent, d’expliquer à quoi il sert pour que le mensonge s’efface. Rien n’engendre une conduite plus appropriée  que la nécessité de  devoir l’exposer au regard du public.

Eliminer le secret contribuera directement à une mutation du capitalisme. Actuellement, il est fondé sur le profit pour soi-même ; demain il sera au service du profit dans l’intérêt de tous. Le bien commun deviendra une priorité véritable dans la conduite des affaires humaines.

Rien ne peut davantage engendrer la justice dans l’échange que la visibilité. Le secret ne fait qu'entretenir la corruption.

Dans une société réellement évoluée, il n’y aurait pas de secret dans l’échange, le bénéfice du bien commun passant avant tout, il n’y aurait rien de qui soit passé sous silence ni dissimulé, rien d’obscurci à dessein, de caché ou de déguisé. L’information serait claire et nette : transparente.

La transparence donne à l’échange le soutien de la vérité mais accepter la transparence n’implique pas que la vie privée puisse être rendue accessible à tous. Nous ne devons pas confondre secret et mystère.

François Bezençon, Juillet 2006

www.mediateur.ch

 

Référence : Leçon 129.  La transparence et le secret 

 



Article ajouté le 2006-07-17 , consulté 78 fois

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